Seafile synchronise plus vite et pèse moins sur le serveur. Nextcloud apporte une suite collaborative que Seafile n'a pas. Le critère décisif est la nature de vos fichiers : gros et peu partagés, ou nombreux et travaillés à plusieurs.
Les deux projets partagent la même conviction : vos données sur vos serveurs. Leurs architectures divergent, et une version précédente de cet article décrivait mal l'éditeur de l'un des deux tout en oubliant le point qui décide vraiment.
Qui édite quoi, précisément
La version précédente attribuait Seafile à une équipe mi-chinoise mi-allemande. Cette description est périmée depuis 2017.
Seafile est édité par Seafile Ltd, fondée en 2012, dont l'équipe est répartie avec des bureaux à Singapour et en Chine. La société allemande qui portait un temps le nom Seafile GmbH a changé de dénomination en 2017, les marques revenant à Seafile Ltd, et la distribution européenne passe aujourd'hui par un partenaire allemand.
Et voici pourquoi cela compte moins qu'il n'y paraît. Ces deux logiciels sont auto-hébergés : ils tournent sur le serveur que vous ou votre prestataire choisissez. La nationalité de l'éditeur ne détermine donc pas la localisation de vos données, ni le droit qui leur est applicable. C'est le même raisonnement que pour l'ouverture du code : ce qui compte est l'entité qui exploite le service, pas celle qui écrit le logiciel. Voir notre article sur le droit applicable.
Ce que la nationalité de l'éditeur influence, en revanche, c'est la confiance dans la chaîne d'approvisionnement logicielle et la disponibilité du support. Ce sont de vraies questions, distinctes de la souveraineté des données.
Seafile : la synchronisation comme priorité
Son architecture est conçue pour la vitesse. La synchronisation différentielle ne transfère que les portions modifiées d'un fichier, ce qui change tout sur les fichiers volumineux et les connexions instables.
Ce qu'il fait mieux :
- la synchronisation de gros fichiers, en particulier quand seule une petite partie change à chaque enregistrement ;
- l'empreinte serveur, plus légère, donc un coût d'hébergement moindre à volume égal ;
- le versionnage, robuste et présent nativement ;
- des bibliothèques chiffrées côté client, par bibliothèque et non globalement.
Sur ce dernier point, la même réserve que pour toutes les solutions chiffrées s'applique : cela protège le contenu, pas les métadonnées, et perdre le mot de passe d'une bibliothèque chiffrée signifie perdre son contenu. Voir notre article sur les deux approches de la confidentialité.
Ce qu'il n'a pas : pas de bureautique collaborative, pas de messagerie ni de visioconférence, pas d'agenda ni de carnet d'adresses partagés. Seafile fait une chose et la fait bien, ce n'est pas un défaut mais un choix.
Nextcloud : la largeur fonctionnelle
Au-delà du stockage, la plateforme apporte la messagerie et la visioconférence, la bureautique en ligne, les tableaux de projet, l'agenda et les contacts partagés, et un catalogue d'applications additionnelles fourni.
Une précision retirée de la version précédente : elle annonçait un nombre d'applications que nous n'avons pas pu vérifier, et surtout elle citait un module de formulaires comme intégré à nos forfaits, ce qui n'est pas le cas. Le catalogue est riche, mais toutes ses applications ne sont pas pour autant fournies avec un abonnement.
Ce qu'il fait moins bien : l'empreinte serveur est plus lourde, et la synchronisation de très gros fichiers est moins efficace faute d'un transfert différentiel équivalent.
Le critère qui décide vraiment
Ce n'est ni l'interface ni le nombre de fonctions, c'est la nature de vos fichiers.
Des fichiers lourds, modifiés souvent, partagés peu. Plans de conception, montages vidéo, bases de données de travail, images haute définition. Chaque enregistrement ne change qu'une fraction du fichier, et le transfert différentiel devient l'argument décisif. Seafile est fait pour cela.
Des fichiers nombreux, légers, travaillés à plusieurs. Devis, contrats, tableurs, comptes rendus. Ici, la vitesse de synchronisation ne se remarque pas, alors que l'absence de coédition se remarque tous les jours. Nextcloud est fait pour cela.
Un test simple pour trancher : regardez les cinq fichiers que votre équipe ouvre le plus souvent. S'ils pèsent des centaines de mégaoctets et qu'une seule personne les modifie, la performance décide. S'ils pèsent quelques centaines de kilooctets et que trois personnes y touchent, c'est la collaboration.
Ce que les deux partagent, et qui compte davantage
Quatre points communs pèsent plus lourd, dans la durée, que leurs différences.
- La réversibilité. Les deux étant ouverts, vous pouvez changer de prestataire ou reprendre l'hébergement en interne, avec les mêmes données et les mêmes formats. C'est ce qu'aucune solution propriétaire ne permet, et c'est désormais adossé au règlement européen sur les données.
- La dépendance aux mises à jour. Les deux publient des correctifs de sécurité qu'il faut appliquer. Un serveur laissé en arrière est vulnérable, quel que soit le logiciel, et c'est le premier problème que nous rencontrons sur les instances reprises.
- La qualité de la sauvegarde. Aucun des deux ne vous dispense d'une sauvegarde comprenant la base de données et les fichiers, restaurés de façon cohérente entre eux, avec une copie hors ligne. Voir notre article sur la règle 3-2-1.
- La configuration, qui décide de tout. Un serveur mal dimensionné donnera une mauvaise expérience avec l'un comme avec l'autre, et l'utilisateur conclura que le logiciel est mauvais.
Le piège du comparatif de fonctionnalités
Une dernière mise en garde, valable au-delà de ces deux produits.
Comparer deux listes de fonctions pousse mécaniquement à choisir la plus longue, alors que la plupart de ces fonctions ne seront jamais activées. Nous installons régulièrement des modules qui restent vides six mois plus tard, et ce n'est pas un défaut du logiciel : c'est que le besoin n'existait pas.
La question utile n'est donc pas « lequel fait le plus de choses » mais « lequel fait bien les trois choses que nous faisons tous les jours ». Listez ces trois choses avant d'ouvrir le moindre comparatif, celui-ci compris.
Ce que la version précédente ne disait pas de nous
Autant être clair sur notre position. Nous exploitons Nextcloud en service géré, nous ne proposons pas Seafile. Choisir Seafile signifie donc l'auto-héberger ou passer par un autre prestataire.
Cela a une conséquence pratique qui pèse souvent plus que la comparaison technique : avec un service géré, les mises à jour, la supervision et les sauvegardes sont prises en charge. En auto-hébergement, c'est vous, quel que soit le logiciel retenu, et c'est le poste de coût que les comparatifs sous-estiment systématiquement. Voir notre article sur le coût réel de l'auto-hébergement.
Et pour situer nos propres offres : les tableaux de projet, l'agenda et les contacts partagés sont disponibles dès le premier forfait, la messagerie et la visioconférence à partir du forfait Business, la bureautique collaborative et le versionnage à partir du forfait Professional.
En résumé
Seafile pour des fichiers lourds peu partagés, Nextcloud pour du travail collaboratif sur des documents nombreux. Les deux étant auto-hébergeables, la nationalité de l'éditeur ne décide ni de la localisation de vos données ni du droit applicable : c'est l'entité qui exploite le serveur qui compte. Et dans les deux cas, la vraie question suivante est de savoir qui assurera les mises à jour et les sauvegardes.
Questions fréquentes
La nationalité de l'éditeur détermine-t-elle où sont mes données ?
Non, pas pour un logiciel auto-hébergé. Nextcloud comme Seafile tournent sur le serveur que vous ou votre prestataire choisissez : la localisation des données et le droit applicable dépendent de l'entité qui exploite ce serveur, pas de celle qui écrit le logiciel.
Quel est le critère qui décide entre les deux ?
La nature de vos fichiers. Lourds, modifiés souvent et partagés peu, le transfert différentiel de Seafile devient décisif. Nombreux, légers et travaillés à plusieurs, c'est l'absence de coédition chez Seafile qui se remarque tous les jours. Regardez les cinq fichiers que votre équipe ouvre le plus.
Seafile propose-t-il de la bureautique collaborative ?
Non, ni bureautique en ligne, ni messagerie, ni visioconférence, ni agenda partagé. Seafile fait le stockage et la synchronisation, et les fait bien. Ce n'est pas un défaut mais un choix d'architecture assumé.
Proposez-vous Seafile en service géré ?
Non, nous exploitons Nextcloud. Choisir Seafile signifie l'auto-héberger ou passer par un autre prestataire, ce qui déplace la question vers les mises à jour, la supervision et les sauvegardes, poste de coût que les comparatifs sous-estiment systématiquement.
Les bibliothèques chiffrées de Seafile protègent-elles tout ?
Elles protègent le contenu, par bibliothèque et non globalement, mais pas les métadonnées. Et perdre le mot de passe d'une bibliothèque chiffrée signifie perdre son contenu, l'éditeur ne détenant rien qui permette de le restaurer. La même réserve vaut pour toute solution chiffrée côté client.